Naissance et Renaissance (Partie 4)

Des histoires pour écrire l'histoire d'un château !


Les crimes de la Saint-Barthélemy

Marguerite de Valois. Château de Blois. (Source : Sylve VALENTIN)
Marguerite de Valois. Château de Blois. (Source : Sylve VALENTIN)

Le 9 juin 1572, Jeanne III d'Albret, reine de Navarre et mère d'Henri de Bourbon trépasse à Paris. Elle y était venue pour préparer le mariage de son fils, avec une des filles de Catherine. Une rumeur courre ; la reine a été empoisonnée par René, le parfumeur florentin de Catherine, au moyen de gants.
 

Le 18 août 1572, les grands dignitaires du royaume, protestants et catholiques assistent à Paris, à ce mariage concrétisant la paix entre les anciens belligérants. Henri de Navarre épouse la sœur de Charles IX, Marguerite de Valois, la célèbre reine Margot, personnage d'un roman d'Alexandre Dumas, immortalisée par Patrice Chéreau, avec l'inoubliable Isabelle Adjani. Le pape a refusé son autorisation pour cette union. Le roi d'Espagne condamne un mariage contraire à ses intérêts, suivi par la majorité des catholiques français.

 

Le 22 août 1572, l'Amiral Gaspard de Coligny, entré au Conseil royal en signe de réconciliation et figure emblématique des protestants échappe à un attentat, à quelques pas du Louvre. En se baissant par hasard, les deux balles qui devaient l'atteindre ne lui sectionnent qu'un doigt. Charles de Louviers, seigneur de Maurevert est l'auteur présumé du coup d'arquebuse tiré du domicile d’un ancien précepteur du très catholique duc de Guise, le chanoine Villemur. Le commanditaire reste encore ignoré, mais nombreux sont ceux qui avaient intérêt à la mort de l'amiral.

 

C'est don son jardin des Tuileries que Catherine aidée de ses conseillers tenus dans le  secret évalue les conséquences à venir.  Paniquée elle imagine (à raison) la terrible vengeance des protestants et décide de passer à l'offensive.

 

Rentrée au Louvre elle réunit un Conseil royal restreint qui entérine la mise à mort des principaux chefs protestants. Le roi de Navarre et le prince de Condé seront épargnés.

 

Restait à convaincre le faible Charles IX qui éprouvait des sentiments filiaux pour l'amiral. Cela sera long et particulièrement difficile. Catherine à force d'arguments persuade son fils qu'il jouait sa liberté, voire sa vie.

 

Épuisé, rongé déjà par le remords, ce roi aurait hurlé "Eh bien soit ! Qu’on les tue ! Mais qu’on les tue tous ! Qu’il n’en reste plus un pour me le reprocher".

 

Un peu avant l'aube, le tocsin de Saint-Germain l'Auxerrois, paroisse du roi, située face au Louvre, donne le signal attendu par les catholiques. Les premières victimes sont celles qui dormaient au Louvre. Coligny dans sa résidence de la rue de Béthizy (136 rue de l'actuelle rue de Rivoli) et ses compagnons sont assassinés faubourg Saint-Germain. Quelques-uns cependant réussissent à s'enfuir.

 

Puis une furie sanguinaire s'empare de Paris. Après les nobles protestants, les catholiques dans une hystérie collective tuent tous les huguenots. Puis ces derniers éliminés, les bons catholiques s'entretuent entre eux. Une boucherie !

 

On tue son voisin, puis le voisin du voisin, et quand il n' y a plus de voisin, les meurtriers vont chercher plus loin d'autres victimes. Épouvanté, le roi enfermé au Louvre tente en vain de rétablir l'ordre. À l'hystérie collective s'ajoute "un miracle".


"L'aubespin" miraculeux

Meurtre au cimetière des Innocents (Source : Bernard Leray)
Meurtre au cimetière des Innocents (Source : Bernard Leray)

Le 24 août à midi, au cimetière des Innocents un miracle se produit. Ce qui suit est un extrait de "La reine Margot" d'Alexandre Dumas (Source Wikisource).

 

[...] une aubépine, qui avait fleuri au printemps et qui, comme d’habitude, avait perdu son odorante parure au mois de juin, venait de refleurir pendant la nuit, et les catholiques, qui voyaient dans cet événement un miracle et qui, par la popularisation de ce miracle, faisaient Dieu leur complice, allaient en procession, croix et bannière en tête, au cimetière des Innocents, où cette aubépine fleurissait. Cette espèce d’assentiment donné par le ciel au massacre qui s’exécutait, avait redoublé l’ardeur des assassins. Et tandis que la ville continuait à offrir dans chaque rue, dans chaque carrefour, sur chaque place une scène de désolation, le Louvre avait déjà servi de tombeau commun à tous les protestants qui s’y étaient trouvés enfermés au moment du signal.

 

Au prodige de la floraison s'ajoutent la guérison "miraculeuse" de maux dus à des affects psychologiques inconscients : la simple vue du buisson d'aubépine procure à quelques agités du crucifix des transes hystériques.

 

Au nom de dieu, des cerveaux cromagnoïdes décérabralisés vont légitimer la suite des massacres.

 

Mort, messe ou Bastille-A. Dumas. La reine Margot.

Le massacre par François Dubois (Source : Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne)
Le massacre par François Dubois (Source : Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne)

Les massacres dans la capitale vont durer jusqu'au 29 août. Globalement  4000 Parisiens sont morts.

 

Puis le fanatisme religieux gagne les provinces. Il y prend la forme d'une croisade contre les hérétiques huguenots : en 1569, Pie V n'a-t-il pas écrit  à Catherine de Médicis ? "Il ne faut épargner d'aucune manière, ni sous aucun prétexte, les ennemis de Dieu. Ce n'est que par la destruction totale des hérétiques que le roi pourra rendre à ce noble royaume le respect dû à la religion catholique." 

 

L'extrémisme des catholiques va durer plusieurs mois, malgré les ordres du roi visant à protéger ses sujets huguenots. Comme dans toutes guerres, les instincts les plus bas étouffent la raison et permettent à cette dernière d'excuser les tortures, les pulsions meurtrières. On dénombre globalement entre 5.000 et  10.000 victimes. Des milliers de huguenots qui ont échappé à la mort fuient les persécutions en franchissant les frontières du royaume.

 

Charles IX, face à ses contemporains et à l'Histoire, assume la responsabilité entière du massacre, car dit-il, il a voulu "prévenir l'exécution d'une malheureuse et détestable conspiration faite par ledit amiral, chef et auteur d'icelle et sesdits adhérents et complices en la personne dudit seigneur roi et contre son État, la reine sa mère, MM. ses frères, le roi de Navarre, princes et seigneurs étant près d'eux."

 

Pierre de l'Estoiles donne une note légère à cette boucherie. Il rapporte qu' "Après que le Roy eut fait la Saint-Barthelemy, il disoit en riant et en jurant Dieu à sa manière accoutumée, et avec des paroles que la pudeur oblige de taire, que sa grosse Margot, en se mariant, avoit pris tous ses rebelles huguenots à la pipée".

 

L'historien Jules Michelet, dans son "Histoire de France", écrit justement sur cet évènement, le constat qui suit :


"La mort avait frappé la France. Elle avait fauché la tête et la fleur, atteint les entrailles.

 

On lui coupa la tête, je veux dire le génie. On tua la philosophie, Ramus. On tua l'art, Jean Goujon, et le grand musicien Goudimel jeté au Rhône. La jurisprudence avait péri en Dumoulin, mort d'angoisse et de persécution, peu avant le massacre. Et la loi elle-même décède peu après en L'Hôpital, qui mourut de douleur".

(Source Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org/license).

 

Malgré la violence qui s'abat sur eux, les huguenots organisent une résistance efficace dans l'Ouest et le Sud, contraignant Charles IX à signer en 1573 l'édit de Boulogne. Cet édit de tolérance est un recul par rapport au précédent. Cependant il accorde aux protestants la liberté de conscience, ainsi que la liberté de culte dans les villes de Montauban, Nîmes et La Rochelle.

 

Le contexte militaire, l'épuisement du trésor royal, font que cet édit a été "arraché" au roi. Pragmatiques ce dernier et sa mère n'avaient pas d'autre choix. Cependant, tout en souhaitant éviter une nouvelle guerre, autant faire que se peut, ils entendent bien mener une politique de moins en moins tolérante envers les huguenots.

Henri III. Château de Blois (Source : Sylve VALENTIN)
Henri III. Château de Blois (Source : Sylve VALENTIN)

C’est le malheur des temps que les fous guident les aveugles. Le roi Lear. William Shakespeare.

 

Alors qu'Henri d'Anjou (le futur Henri III) est devenu roi de Pologne sous le nom Henryk IV Walezy, que Charles IX malade n'a pas d'héritier, le dernier fils de Catherine, l'ambitieux François d'Alençon, entre dans la course.

    

Il ne souhaite rien de moins que de coiffer la couronne de France. Pour cela il a besoin d'alliés. Il se rapproche donc des puissantes lignées catholiques, comme les Montmorency écartés du pouvoir, car favorables à une politique de tolérance religieuse et à l'évolution d'une monarchie trop autoritaire à leur goût.

    

Mécontent de son statut de frère de roi, pour assouvir ses ambitions et rendre crédibles ses intentions, François d'Alençon fonde le mouvement des "Malcontents".  C'est ainsi que se nomment ceux qui se rejoignent sur un programme d'évolution monarchique et de tolérance religieuse. Le duc d'Alençon et François de Montmorency se rapprochent des nobles protestants (ou convertis de force et "assignés à résidence" comme Henri de Navarre et le prince de Condé) pour assoir une large coalition. Les deux conjurations qu'ils tentent échouent. Cet article ne sera pas exhaustif sur le sujet ; on signalera par amusement que lors de la seconde conjuration (le 10 avril 1574) Ruggieri, l'astrologue préféré de Catherine sera envoyé aux galères. En effet on avait trouvé chez un des principaux conjurés, Joseph Boniface seigneur de la Môle, une figurine en cire de Charles IX, avec planté dans le cœur une aiguille que le mage aurait envoutée.   

   

 

Blois. Cauchemars selon Laure Tarnnoy. 2016
Blois. Cauchemars selon Laure Tarnnoy. 2016

 

Que le démon prenne ton âme ! Macbeth. William Shakespeare

 

 

Le 30 mai 1574, Charles IX meurt à l'âge de 24 ans. La Saint-Barthélemy a probablement hanté le roi agonisant.

   

Jules Michelet se fait l'écho d'une anecdote terrifiante prêtée à Henri IV :

  

«Huit jours après le massacre, il vint grande multitude de corbeaux s'appuyer sur le pavillon du Louvre. Leur bruit fit sortir pour les voir, et les dames firent part au roi de leur épouvantement.

    

«La même nuit, le roi, deux heures après être couché, saute en place, fait lever ceux de sa chambre, et envoie quérir son beau-frère, entre autres, pour ouïr dans l'air un bruit de grand éclat, et un concert de voix criantes, gémissantes et hurlantes, tout semblable à celui qu'on entendait les nuits des massacres. Ces sons furent si distincts, que le roi, croyant un désordre nouveau, fit appeler des gardes pour courir en la ville et empêcher le meurtre. Mais ayant rapporté que la ville était en paix et l'air seul en trouble, lui aussi demeura troublé, principalement parce que le bruit dura sept jours, toujours à la même heure.»

    

Ce fait était souvent conté par Henri IV, le soir, quand les portes étaient fermées, à ses plus privés serviteurs. Quand le Béarnais faisait ces récits, il disait: «Voyez vous-mêmes si mes cheveux n'en dressent pas ? » Et ils dressaient en effet, si nous en croyons d'Aubigné.   (source www.gutenberg.org/license).

Charles IX. Blois.Source Laure Trannoy.
Charles IX. Blois.Source Laure Trannoy.

 

Oh ! si cette chair trop endolorie et trop souillée pouvait se fondre en néant ! Macbeth. William Shakespeare

 

Selon Pierre de l'Estoiles, avant d'expirer, le souvenir de la Saint-Barthélemy poursuit Charles IX. Voici le dialogue que le roi aurait eu avec sa nourrice, huguenote de religion.

   

"Ah ! ma nourrice, ma mie, ma nourrice, que de sang et de meurtres ! Ah, que j'ay suivi un méchant conseil ! O mon Dieu, pardonne-les-moy, et me fais misericorde s'il te plaist. Je ne sçay où j'en suis, tant ils me rendent perplexe et agité. Que deviendra tout ceci? que « ferai-je? Je suis perdu, je le vois bien !

 

La conclusion reste à Voltaire :

 

"Charles IX meurt à l’âge de vingt-quatre ans et un mois. Il avait rendu son nom odieux à toute la terre, dans un âge où les citoyens de sa capitale ne sont pas encore majeurs. La maladie qui l’emporta est très-rare ; son sang coulait par tous les pores : cet accident, dont il y a quelques exemples, est la suite ou d’une crainte excessive, ou d’une passion furieuse, ou d’un tempérament violent et atrabilaire ; il passa dans l’esprit des peuples, et surtout des protestants, pour l’effet de la vengeance divine".

  

En apprenant la mort de Charles IX, Henri s'enfuit de nuit du royaume de "l'aigle blanc couronné" (ses sujets n'étant pas d'accord pour perdre leur roi venu de France) pour venir coiffer la couronne de France et prendre le titre d'Henri III. On raconte qu'Henri est parti du château royal de Cracovie, en emportant les pièces les plus précieuses du trésor polonais.

Catherine de Médicis. Source : Gilles Brémond.
Catherine de Médicis. Source : Gilles Brémond.

Sous le nom d'Henri III, le fils préféré de Catherine est sacré le 13 février 1575, à la date anniversaire de son sacre polonais. Il a 23 ans et pense avoir assez d'expérience pour gouverner seul, conseillé par ses propres favoris. Ces derniers, « Les mignons » prennent de plus en plus de place auprès du roi, cependant la majorité des conseillers de Catherine reste en poste.

 

Assez rapidement, le fils écarte sa mère du pouvoir. Catherine l'a exercé pendant des années, sans réussir à pacifier le royaume. Chaque édit ou ordonnance n'a été qu'une pause, les passions exacerbées étant toujours aussi vivaces. La reine mère cristallise la méfiance et le mécontentement des deux camps. Sa dévorante ambition va de pair avec sa certitude qu'elle est mieux armée qu'Henri III pour sauver la dynastie. Elle va s'y employer, avec la faible marge de manœuvre que lui laisse son fils.

 

Intelligent, volontaire, jaloux de son autorité, Henri III se méfie des conseils de sa mère. Il est persuadé réussir là où elle a échoué. Celle qui a été au cœur de l'histoire refuse de se retrouver rejetée à la périphérie du pouvoir. Négociatrice infatigable, elle s'efforce contre vents et marées de conserver un rôle dans la conduite des affaires publiques. Jusqu'à sa mort, elle reste dévouée à son fils préféré, même si elle n'approuve pas ses décisions. Elle occupera la fin de sa vie à jouer la conciliatrice, entre le roi, son dernier frère, le radical catholique, Henri de Lorraine.

 

Le dernier frère du roi, le teigneux duc d’Alençon, qui espérait monter sur le trône de son aîné ouvre les hostilités. À la tête d’une opposition politique et armée, il fédère des catholiques modérés et des protestants, se définissant comme « Malcontents ». La fine équipe passe à l’attaque en 1576.

 

La cinquième guerre de religion se termine par la paix de Beaulieu. Le frère du roi obtient assez de domaines et de titres pour calmer son avidité, et les protestants bénéficient la liberté de pratiquer leur religion, à l’exception de Paris. Le traité de Beaulieu doit beaucoup aux négociations de Catherine pour ramener Henri de Navarre et son dernier fil à un comportement plus consensuel.

 

En réaction au traité de Beaulieu, les catholiques intransigeants s’organisent en formant une « Ligue » autour du duc Henri de Lorraine, duc de Guise.

 

La mort du duc d’Alençon sans descendance, ouvre la route du trône à Henri de Navarre seul successeur légitime d’Henri III, ce dernier étant sans enfant.

 

La fuite d'Henri III

Henri III. Blois.Source Laure Trannoy
Henri III. Blois.Source Laure Trannoy

Pour barrer la route à un protestant, la Ligue réagit. Elle impose à Henri III de retirer aux huguenots tous leurs droits. Contraint, le roi signe l'édit de Nemours en juillet 1585 et Henri de Navarre se révolte. Par contre, il résiste en maintenant sa position quant à sa succession. C’est Henri de Navarre qui sera roi, au béarnais de se convertir au catholicisme, ce qu'il a déjà fait par le passé.

 

Et Henri III de s'appliquer à donner un dauphin au royaume. En plus d'actions de saintes dévotions, de grâce à Dieu et ses saints, de séances de flagellations, il entend privilégier dans un premier temps la voie diplomatique, méthode qui ne convient nullement aux ligueurs, ni aux protestants. Ceux-ci sont d’autant perplexes, que le roi de Navarre s’est converti, sous la force, plusieurs fois au catholicisme.

 

Entre le roi et la Ligue, les rapports tournent à l’hostilité ouverte ; en 1588, Henri III fuit Paris devant les partisans du duc de Guise, qui rêvait d’enfermer le roi dans un couvent. Théophile Lavallée, dans son Histoire de Paris (source projet Guttemberg), commente le départ du roi, qui laisse dans la capitale,  son épouse Louise de Lorraine-Vaudémont et Catherine.

 

"Les Parisiens, enivrés de leur victoire, avaient résolu d'aller «quérir frère Henri de Valois dans son Louvre ; mais celui-ci, épouvanté, en sortit comme pour aller aux Tuileries, qu'on commençait à bâtir; arrivé à la porte Neuve (située près de la tour du Bois, entre les ponts des Tuileries et du Carrousel), il monta à cheval et se sauva. Les bourgeois, qui gardaient la porte de Nesle, de l'autre côté de la rivière, tirèrent à lui et à son escorte des coups d'arquebuse: «Il se retourna vers la ville, dit le bonhomme l'Estoile, jeta contre son ingratitude, perfidie et lâcheté, quelques propos d'indignation, et jura de n'y rentrer que par la brèche."»

 

Fuyant Paris à franc étrier, le cul ne touchant pas la selle, Henri se réfugie à Chartres, laissant sa capitale aux mains du duc de Guise. Dans Chartres ville fidèle, il retrouve un minimum de dignité royale pour y draper Sa Majesté meurtrie ; en bon politique, cela lui permet sans trop barguigner d'accepter de négocier avec le duc de Guise. Au nom de son fils, qui l'envoie, du moins essaie t-il d'y croire, emberlificoter la Ligue, Catherine de Médicis persuadée de son ascendant conduit les pourparlers avec les Ligueurs. Même l'esprit retors de la reine-mère et ses palabres ne peuvent rien faire face à l'évidence : La Ligue c'est le pot de fer et le roi, le pot de terre. Et puis la vieille reine ne se sent-elle plus proche des catholiques que des huguenots !? ne pactise t-elle pas une fois de plus avec ces agités du chapelet, et de manière sincère ?

 

C'est ces soupçons terribles qui la perdent aux yeux de son fils qu'elle appelait affectueusement "mes yeux", "mon tout".

 

 

Le duc de Guise. Blois. Source Laure Trannoy.
Le duc de Guise. Blois. Source Laure Trannoy.

 

Fais ce que je te dis, ou plutôt fais comme il te plaira. Avant tout, retire-toi. Le roi Lear. William Shakespeare.

 

Henri III ne peut que s'incliner devant les exigences des représentants de ses sujets rebelles. Ces derniers dictent aux juristes les points essentiels de leurs exigences. Elles aboutissent à une "loi inviolable et fondamentale". Il est rappelé que le roi appartient à la "religion catholique, apostolique et romaine". Et cette catholicité affichée et réaffirmée conduit le souverain à sommer ses sujets à ne pas "prêter obéissance à prince quelconque qui soit hérétique ou fauteur d'hérésie" ; exit Henri de Navarre !  de plus le roi doit s'engager à ne donner des charges civiles ou militaires, qu'à ceux qui sont de "sa religion".  Et comme cela ne suffit pas, le roi s'engage à "extirper de notre royaume, pays et terres de notre obéissance, tous schismes et hérésies condamnés par les saints conciles et principalement celui de Trente, sans faire jamais aucune paix ou trêve avec les hérétiques, ni aucun édit en leur faveur".

 

Mais une des exigences les plus difficiles pour le roi a accepter est l'éloignement de son cher duc d'Epernon, surnommé "l'archimignon".  Ce dernier, fervent catholique, favori et conseiller du roi préconisait une politique intransigeante menant à l'anéantissement de la Ligue. La reine mère au contraire expliquait au roi que l’éloignement de son favori résoudrait toutes les incompréhensions existantes entre le souverain et la Ligue et que négocier avec cette dernière ramènerait la paix. Le roi plie ! Après que ces fondamentaux aient été couchés par écrit dans la prose des juristes, le roi appose sur ce document sa signature le 15 juillet 1588 à Rouen. Des clauses secrètes prévoient pour certains membres moults avantages financiers. Le duc de Guise non seulement entre au conseil d’État mais suite à sa nomination de Lieutenant général du royaume avait autorité sur les troupes royales.

 

Puis ce contrat arraché au prince et dit "Édit d'Union " est scellé solennellement d'un cachet de cire de couleur verte, la couleur des édits royaux. Dissimulateur, Henri n'hésite pas à montrer que l’édit le comble.

 

En réalité, rageur Henri III aplati sous le rouleau compresseur de La Ligue cache ses vrais sentiments. Obligé de fuir son palais, contraint d'ouvrir des négociations et de signer l’Édit d'Union, le roi se sent injurié. Offensé, craignant pour sa vie, mais démuni et toute honte bue, l'esprit finassier qu’il tient de sa mère lui conseille de  gagner du temps et de feindre d'être encore l'outil utile aux  ambitions des ligueurs. Tant qu'il simule de les servir, ils hésiteront à passer au plan A : le destituer pour l'enfermer dans un couvent ; le plan B, il le sait, est le régicide.

 

Mais le temps est compté ! Cachant ses velléités de vengeance, le roi attend son heure. la rage au cœur. Il absout les meneurs parisiens qui ont causé sa fuite. Mais il n'a pas cédé sur un point : Henri refuse de revenir dans sa capitale "cette ville ingrate et ennemie de son roi", comme l'en conjurent Catherine et le duc de Guise.

 

La pouponnière royale

Château de Blois. Facades style gothique tardif. Source : Laure Trannoy.2016
Château de Blois. Facades style gothique tardif. Source : Laure Trannoy.2016

Les rives de la Loire, depuis Blois jusqu’à Angers, ont été l’objet de la prédilection des deux dernières branches de la race royale qui occupèrent le trône avant la maison de Bourbon. Ce beau bassin mérite si bien les honneurs que lui ont faits les rois, que voici ce qu’en disait naguère l’un de nos plus élégants écrivains :

 

« Il existe en France une province qu’on n’admire jamais assez. Parfumée comme l’Italie, fleurie comme les rives du Guadalquivir, et belle, en outre, de sa physionomie particulière, toute Française, ayant toujours été Française, contrairement à nos provinces du Nord abâtardies par le contact allemand, et à nos provinces du Midi qui ont vécu en concubinage avec les Maures, les Espagnols et tous les peuples qui en ont voulu ; cette province pure, chaste, brave et loyale, c’est la Touraine ! La France historique est  ! L’Auvergne est l’Auvergne, le Languedoc n’est que le Languedoc ; mais la Touraine est la France, et le fleuve le plus national pour nous est la Loire qui arrose la Touraine. On doit dès lors moins s’étonner de la quantité de monuments enfermés dans les départements qui ont pris le nom et les dérivations du nom de la Loire. À chaque pas qu’on fait dans ce pays d’enchantements, on découvre un tableau dont la bordure est une rivière ou un ovale tranquille qui réfléchit dans ses profondeurs liquides un château, ses tourelles, ses bois, ses eaux jaillissantes. Il était naturel que vivait de préférence la Royauté, elle établit si longtemps sa cour, vinssent se grouper les hautes fortunes, les distinctions de race et de mérite, et qu’elles s’y élevassent des palais grands comme elles".

Sur Catherine de Médicis. Honoré de Balzac

 

 

Beaucoup de villes rêvent d’accueillir le roi et sa cour, dont la présence sont source de revenu. Et puis l'outrage fait au monarque par les parisiens dont la ville fait figure de pandémonium est loin de faire l'unanimité dans le royaume. Beaucoup de cités candidates à recevoir Henri III seront déçues. Le roi s'installe avec ses partisans dans le Val de Loire. Le château royal de  Blois, surnommé la pouponnière royale en raison du nombre d'enfants royaux qui y sont nés et y ont grandit depuis Louis XII et François 1er. Blois devient le 1 er septembre durablement sa résidence. Dissimulant ses intentions politiques, Henri III fait mine de suivre les conseils de sa mère qui s’efforce de rapprocher son fils du duc de Guise. En position de force, ce dernier tient en tutelle le roi.

 

Mais Henri qui a du ressort cherche à s'échapper des mailles du filet. Dès le mois de mai 1588 anticipant la nécessité d'avoir des conseillers contrôlables dans les missions qu'il leur confiait, le roi avait ré-organisé la fonction des secrétaires d’État qui devenaient des serviteurs inconditionnellement fidèles sur lesquels le Henri III pouvaient s'appuyer, sans crainte de trahison. Le nouveau mode de fonctionnement qu'il leur imposait lui permettait de superviser le fonctionnement de son Conseil.

 

Dès le 6 septembre 1588, le roi remercie les secrétaires d’état en poste car considérés comme trop proches de Catherine et responsables de l'humiliation de Rouen. Ce n'est pas une réforme, mais une révolution de Palais, un désaveux sans concession de la politique de concession aux Ligueurs de Catherine.  Désormais, Henri sera seul maître des décisions à prendre.

 

Salle des Etats. Bois. Source Laure Trannoy.
Salle des Etats. Bois. Source Laure Trannoy.

 

Les maux désespérés ont des remèdes désespérés ou n'ont pas de remède.  Hamlet. William Shakespeare.

 

 

Le 15 juillet 1588 le roi convoque les États généraux, pensant reprendre l'initiative en s'appuyant sur ses sujets de Province, a priori moins acquis que la plèbe de sa capitale à l'idéologie de La Ligue parisienne.  Initialement prévue en septembre, la réunion de l’Assemblée des États est arrêtée en décembre. Le roi a deux cartes maitresses. La première est la défaite de l'invincible Armada, qui voit la majorité des galions et galéasses espagnoles dispersés, fracassés contre les récifs, coulés. Un vrai désastre naval ! Les durs coups portés à sa flotte empêche le roi d'Espagne de soutenir financièrement le Ligue. La seconde, la guerre qu'il a repris contre les protestants, prouvant aux catholiques modérés son désir sincère de lutter contre l'hérésie. Une victoire sur Henri de Navarre lui apporterait un triomphe face à ses peuples et obligerait le roi de Navarre à négocier. Mais le roi n’obtient aucune victoire et le duc de Guise et ses partisans ont bien préparé le terrain électoral en amont de la réunion de l'Assemblée des États. A titre d'exemple pour illustrer la réussite de leur travail de pouvoir d'influence, chacun des trois Ordres élit comme président un ligueur. L’ouverture solennelle des États généraux a lieu le 16 octobre. Deux jours plus tard, devant les 500 députés réunis dans la salle des États, Henri III est contraint de jurer que l’Édit d'Union  devient "loi fondamentale et irrévocable" du royaume.

 

Dans la salle des États dévolues aux sessions, se tenant, assis, dos au trône, face à l'assemblée le duc de Guise impressionne. Il ne cherche pas à embabouiner le roi, pas plus qu'il ne feint un faux respect à sa personne : il le domine ! Et pire quand il est debout : l'homme mesure un peu plus de 2 mètres. Assis sur son trône, le roi oppressé, drapé dans sa dignité pense faire au moins tapisserie ! en réalité, le roi dénué de toute majesté est nu devant une salle méfiante ! Le duc tient le devant de la scène avec ses rodomondates. Fi des mondanités, Fi du ridicule protocole imposé par Henri III, et place à l'action se dit le balafré! Bénéficiant du soutien de la majorité des députés, le duc qui sont des ligueurs, le duc humilie Henri III de manière répétée et attend que la belle assemblée lui offre les pleins pouvoirs.

 

Le duc de Guise. Blois. Source Laure Trannoy.
Le duc de Guise. Blois. Source Laure Trannoy.

Pour le duc de Guise, à l'ego redoutable et démesuré, la réunion des trois ordres est l’occasion de démontrer au roi avec hauteur, raideur, mépris, sa puissance et que l'assistance lui est acquise. La résistance des membres de cette vénérable institution représentative du royaume, où dans chaque ordre le duc a une majorité de voix (excepté au sein de la noblesse partagée de manière égale entre les parties) aux attentes du roi se terminera dans le sang.

 

Le roi attend des États généraux que ces derniers l'autorisent à lever de nouveaux impôts pour poursuivre ses campagnes militaires contre les protestants. L'assemblée des trois ordres repoussent cette fiscalité nouvelle tout en exigeant le contrôle des finances. Pour les députés, une meilleure gestion des comptes permettra de dégager les subsides nécessaires pour lutter contre les protestants. Implicitement pour les députés,  la Cour et les prodigalités du roi épuisent financièrement et exagérément le royaume. Les députés des trois ordres condamnent un faste inutile et tout en refusant de donner au roi les sommes qu'il leur demande, ils proposent la baisse des impôts. Second camouflet, les députés exigent que la nomination des conseillers d’État soit approuvée par eux.

Un trône dans le ciel

Trône royal. Bois. Source Laure Trannoy.
Trône royal. Bois. Source Laure Trannoy.

Henri III ne s'y trompe pas. Les députés n'adoptent pas une simple posture d'opposition à sa personne inspirée par le duc de Guise.

 

Profitant de l'affaiblissement du pouvoir royal, ces insensés osent imaginer limiter l'absolutisme royal que ses prédécesseurs et lui-même construisent difficilement depuis des siècles et avec un succès inégal. Le roi, malgré l'état de guerre civile endémique qui frappe le royaume s'efforce coute que coute à renforcer l’autorité royale et le respect du trône.

 

Même si le duc de Guise désapprouve une baisse de la taille et soutient que le roi a besoin d'or pour lutter contre les protestants, le souverain le tient pour responsable de la situation présente et demeure persuadé  qu’Henri de Guise manœuvre souterrainement contre sa personne.


Henri III ne peut plus donner du temps au temps. Le balafré et ses alliés sont des nuisibles hostiles qu'il faut éliminer, le plus rapidement possible, avant qu'ils ne l'enferment dans un couvent, voire l’envoient chercher un trône au ciel.

 

 

Henri III habillé de noir à gauche acceuille aimablement à Blois le duc de Guise et son frère le cardinal. Source Laure Trannoy. 2016
Henri III habillé de noir à gauche acceuille aimablement à Blois le duc de Guise et son frère le cardinal. Source Laure Trannoy. 2016

Là où nous sommes, il y a des poignards dans les sourires des hommes. Macbeth.William Shakespeare

 

 

Le souverain cache derrière des sourires et des manifestations aimables, et même chaleureuses, une haine abyssale à l'égard du balafré qui surprendrait les familiers de la cour qui auraient la capacité de lire en son âme.

 

Même ceux qui seront dans le secret du complot monté contre le duc sont surpris de sa force de dissimulation.

 

Pourtant ce n'est pas nouveau : Henri III a mille fois rêver d'assassiner le duc, le cauchemar de son règne, qui avec son habituelle hâblerie joue au roi et tient Paris.

 

Mais cette fois il va passer à l'action tout en élargissant la liste des victimes. Considérant que le duc, son frère Louis, cardinal de Lorraine sont funestes à l'ordre public, responsables des positions hostiles des trois ordres, les modalités de leur mise à mort sont fixés les 18 et 19 décembre par un conseil secret présidé par le roi.

 

Leur mise à mort est fixée au 23 décembre.


Il est décidé également l'arrestation de quelques alliés de ces derniers, comme le cardinal de Bourbon qui pourrait bien être un roi de transition, le temps que le duc de Guise place sa propre Maison sur le trône.

 

Le roi a tout calculé dans les moindres détails, minuté. Pour exemple, pour cacher le bruit qu'il pourrait résulter du combat qui suivrait l'assassinat du duc et de sa soldatesque  et supplétifs qui viendraient son secours, voire qui résisteraient, il conviendra de faire grand bruit dans la cour du château pour faire diversion.

 

Il est curieux que nul n'ait été surpris que le roi laisse derrière lui au château sa mère, fort malade, à la veille de Noël ! C'est dire que le roi savait jouer la comédie et convaincre !

 

Château de Blois. Source Laure Trannoy.2016
Château de Blois. Source Laure Trannoy.2016

 

Il n'est si longue nuit qu'elle ne trouve le jour. Macbeth. William Shakespeare

 

 

Le duc est bien alerté que le roi complote contre sa vie, mais n'en croit pas un mot. Depuis mai 1588, période à rattacher à la journée des barricades, cette velléité meurtrière est prêtée au roi.

 

D'une part, ce n'est pas la première fois que cette information circule, d'autre part, sur de lui, il ne pense pas que le roi oserait attenter à sa vie.

 

Le 22 décembre, Henri III annonçât son intention de quitter Blois le lendemain pour passer Noël en son château de Champigny pour vivre pleinement le mystère de la nativité, loin des affaires de l’État. Le départ du roi pour une autre résidence, même pour un bref séjour,  était source de complications notamment pour l'intendance et cause de grand chambardement. Pour ajouter de la crédibilité et porter de  confusion, dans un second temps, Henri III informa la cour qu'il ne partait plus à Champigny, mais dans une de  ses maisons de campagne proche de Blois. Caprice de roi, se moquent les Guisards !

 

 Mais en raison du départ du souverain qui souhaitait "se consacrer exclusivement aux pratiques de la religion"  , le conseil des finances se tiendrait à le 23 décembre à 8h00 du matin, dans une salle jouxtant la chambre royale.

 

Dans la nuit du 22 au 23 décembre le roi n'a pas dormi :

 

Ce jour là dès l'aurore chassée, des greniers à la cave, grand branle bas de combat  au château. A l'extérieur aussi,  il y a grand bruits dans la cour du château : le carrosse du roi, ainsi que ceux qui vont l'accompagner sont amenés, sans oublier le piétinements des chevaux ferrés. Toute la maison royale est là et s'active. Palefreniers, marmitons, laquais, pages, s’interpellent et s'invectivent, tandis que sur les pavés résonnent le cliquetis des armes des hallebardiers : comme prévu, un vrai vacarme, probablement activé par quelques proches du souverain qui dans la confidence de la conjuration ajoutaient du désordre au désordre !

 

 

- Oh ! de grâce ! quitte Blois ! - Non ! plutôt quitter la vie ! Gustave Flaubert. Mort du duc de Guise.

Escalier renaissance. Blois. Source Laure Trannoy. 2016
Escalier renaissance. Blois. Source Laure Trannoy. 2016

Le duc a gravit le bel escalier construit sous François 1er et qui donnait accès à la salle du conseil.

 

En entrant dans dans celle-ci vers 8h30, le duc saigne du nez. Il tient un drageoir d'argent à la main et un mouchoir. Il est fatigué et a mal au cœur. L'habit de satin gris qu'il porte ne le protège pas du froid : il commande qu'on ajoute des buches dans la cheminée pour faire une bonne flambée. Pour leurs vertus médicinales, il  réclame qu'on lui porte des raisins de Damas ou de la conserve de roses. N'en trouvant point, le premier valet de chambre du roi lui apporte des raisins de Brignoles.

 

Alors que le feu crépitait dans l'âtre,  que le sieur de Petremol traitait des gabelles, le secrétaire d’État de Révol entra dans la pièce et informa le duc que le roi le mandait pour une affaire urgente dans son cabinet vieux. Pour atteindre celui-ci qui prenait jour sur la cour, il fallait traverser la chambre du roi et descendre les marches d'un escalier étroit taillé dans la muraille.

 

Il est plus grand mort que vivant. Henri III

Lit d'Henri III à Blois. Source 2016. Laure Trannoy.
Lit d'Henri III à Blois. Source 2016. Laure Trannoy.

Le duc s'est levé et après avoir emplit son drageoir de raisins, il laisse les autres sur la table du conseil pour ceux qui en voudraient. Il sort de la pièce portant à main gauche le drageoir, ses gants et son manteau.

 

C'est le sieur de Nambu qui lui ouvre la porte de la chambre royale. Le duc de Guise y entre sans s’inquiéter des huit hommes appartenant à la garde rapprochée du souverain qui s'y trouvent. En pleine jactance dans un angle de la pièce, ils l'ont salué avec déférence mais d'une manière distraire quand il est entré dans la pièce, avant de revenir rapidement à leur bavardage, probablement en lien avec le départ du roi. D'ailleurs par les fenêtres de la pièce située au second étage, les hommes ont une vue sur les préparatifs en cours pour le départ du prince.

 

Après avoir traversé la pièce, le balafré s'engage dans l'escalier qu'il faut descendre pour atteindre le cabinet vieux. En bas des marches, juste devant la porte du cabinet dissimulée par une tapisserie, 12 hommes de la garde rapprochée l'attendaient en silence.

 

Tudieu ! Le duc comprend enfin le piège qui lui a été tendu, mais trop tard. Blessé, il remonte aussi vite qu'il le peut l'escalier, suivit de près par ses douze poursuivants. mais ayant regagné la chambre, il comprend que la fuite n'est plus possible. En face de lui, les huit hommes qu'il a croisé précédemment et qui ne sont plus à leur discussion, le regard mauvais, sont prêts à fondre sur lui. Le balafré apercevant leur dagues meurtrières et vengeresses, décida de mourir debout en se défendant. Il appelle à l'aide mais tombe le corps percé de plusieurs coups de poignards. Après qu'il se soit effondré au pied du lit royal, François de Montpezat le chef des Quarante-Cinq (gardes de corps rapprochés du roi) pénétrait dans la salle du conseil, et après avoir annoncé la mort du duc,  procédait entre autres à l'arrestation du cardinal de Lorraine. 

 

Le duc est tombé en murmurant "Trahison", puis "Mon Dieu, miséricorde". Devant son cadavre, le roi aurait dit /

 

"il est plus grand mort que vivant".

 

 

Assassinat du cardinal. Blois. Source Laure Trannoy.
Assassinat du cardinal. Blois. Source Laure Trannoy.

Pendant ce temps, le prévôt Richelieu entouré d’arquebusiers surgissait dans la salle des états et aux députés sidérés par cette cette invasion intempestive déclarait qu'on avait voulu assassiner le roi et en suivant procédait à des arrestations, notamment celle du président de séance La Chapelle-Marteau. Certains députés réussirent à s'échapper, mais trouvèrent les portes de la ville fermées. Sont arrêtés le fils aîné du balafré, le prince de Joinville, la duchesse de Nemours, duchesse douairière, le duc d'Elbeuf, son oncle, ainsi que les fidèles inconditionnels de la maison de Lorraine et membres de la Ligue, comme le cardinal de Bourbon. Des rois frères de Guise, le cadet, Charles de Mayenne (absent de Blois après une querelle avec son aîné au sujet d'une dame) est averti que sa vie est en danger et se retire à temps dans son gouvernement,t de Bourgogne.

 

Le roi pensant avoir réussi à reprendre la main, se serait exclamé  :

 

"je suis roi maintenant".

 

Ensuite, le roi s'est présenté à sa mère pour lui annoncer la mort de son ennemi juré.

 

Le 15 décembre, elle qui a une santé de fer, pour la première fois s'est alitée. Par l'ambassadeur vénitien Giovanni Mocenigo, elle a été fiévreuse et souffre d'un rhume qui l'a cloué au lit. Malade elle reçoit son fils au lit. Mesurant la gravité de la situation, elle se serait exclamée :

 

"Dieu veuille que vous ne soyez pas devenu roi de néant ! vous avez taillé mon fils ; maintenant il faut coudre !"

  

Le 24 décembre, le cardinal de Lorraine est exécuté à coup de hallebardes par quatre gardes-française.  Le corps des deux frères seront brulés et leurs cendres jetés dans la Loire.

Ite, missa est !

Chapelle du château à Blois. (Source : Laure Trannoy)
Chapelle du château à Blois. (Source : Laure Trannoy)

Catherine est fiévreuse. Épuisée souffre de la poitrine, d'essoufflement, de toux sèches et douloureuses. Le mal se révélera être une pleurésie. Ses  médecins lui ont conseillé de se confiner dans ses appartements, situés au 1 étage de l'aile Renaissance, situés au-dessous de l’appartement royal. 

 

Contre leur avis, s'étant investie d'une dernière mission, dans un dernier sursaut d'énergie, elle assiste le 1er janvier à la messe dite dans la chapelle du château. Ses fourrures ne la protègent pas d'un froid aigre qui la saisi en traversant la terrasse du château, pour atteindre la petite église paroissiale placée à l'opposé de ses appartements. Après la messe et avec l'autorisation de son fils, elle rend visite au cardinal de Bourbon que le roi retient prisonnier et que la Ligue a proclamé roi de France, sous le titre de Charles X. Catherine s'est souvent servit du cardinal de Bourbon, pour mener à bien ses desseins politiques. Proche des Guises, médiocre, influençable, niais, crédule, l'ego sensible et dupe aux basses flatteries, le cardinal de Bourbon était l'outil parfait pour les manigances de Catherine. Le captif, qui tout comme tout le reste du royaume, pense que l’assassinat  du duc et de son frère l'a été sur ses conseils au roi, réserve à Catherine une réception peu amène. Ceux deux-là que l'histoire a connu comme complices sont devenus ennemis, séparés par le meurtre des deux frères. 

 

se basant sur le témoignage d’Étienne Pasquier, un contemporain  raconte que l'altercation est telle qu’« ils commencèrent tous deux de faire fontaine de leurs yeux ; et soudain après, cette pauvre dame, toute trempée de larmes, retourne en sa chambre, sans souper. [...]».
 

Appartements royaux à Blois. Source Laure Trannoy.
Appartements royaux à Blois. Source Laure Trannoy.

 

Son rendez-vous s'en étant allé en calembredaine, c'est une Catherine abattue qui regagne ses appartements en ravalant ses sanglots : faux ou vrais ces sanglots? Avec elle, chacun a pris l'habitude de se méfier de ses étonnantes démonstrations sentimentales qui relégueraient les meilleurs comédiens derrière le décor. Elle est certainement bouleversée d'avoir échoué à manœuvrer le cardinal ; mais plus encore, innocente de ses accusations violentes et imméritées de l'assassinat de la fratrie des Guises.

 

Assurément, plus lucide que son fils sur les conséquences probablement irréversibles du double meurtre, tourmentée, elle pleure en prévoyant un avenir funeste  pour la dynastie. Le meurtre des deux Guises est un électrochoc pour les sujets du roi. Ce crime invalide, dès la nouvelle connue, la sympathie durable que lui portait le clan des modérés des deux confessions. Quasiment tout le royaume se retourne contre son maitre. Larmoyante, Catherine sait que son fils peut perdre et sa couronne et sa vie.

La prophétie

Chambre de Catherine de Médicis. Blois. Source Laure Trannoy.
Chambre de Catherine de Médicis. Blois. Source Laure Trannoy.

Le 4 janvier Catherine est au plus mal, ses difficultés respiratoires étant de plus en plus douloureuses.  Épuisée par la fièvre, des toux quinteuses lui arrachent la poitrine. Augurant qu'elle n'écrira plus l'histoire du royaume, et que dans ce long hiver, le crépuscule de sa vie s'est invité, c'est dans le renoncement qu’elle prépare son rendez-vous avec la mort. Le 5 janvier 1589 au matin, trop faible pour l'écrire, elle dicte son testament. Puis sentant que l'heure était à recevoir le saint viatique, elle réclame les derniers sacrements. Au prêtre qui lui apporte l'extrême onction, elle demande  son nom. Et lui de répondre "Julien de Saint-Germain". L'homme était le confesseur d'Henri III, qui lui avait donné l’abbaye de Charlieu.

 

Une explication avancée pour expliquer qu'elle ait abandonné les Tuileries c'est une prédiction qui lui avait été délivrée un de ces mages, Côme Ruggieri : elle mourrait près de Saint-Germain. Or, il se trouvait que la paroisse des rois de France était Saint-Germain l'Auxerrois, située juste en face du Louvre. Dès lors, Catherine de fuir les Tuileries et tous les sites dits de Saint-Germain.

 

Calme-toi, calme-toi, âme en peine ! Hamelt. William Shakespeare.

Ciel au dessus du château de Blois. Source Laure Trannoy.
Ciel au dessus du château de Blois. Source Laure Trannoy.

Que sait-on de ses dernières pensées  ? Les a-t-elle tournées vers ses parents qu'elle n'a jamais connus ? Peut-être ; c'est à Blois que ses géniteurs se sont mariés.

 

Certainement vers Henri II, l'époux qu'elle avait tant aimé sans que ce dernier ne lui donne en retour une once d'amour ! Vers les victimes de la Saint-Barthélemy ? Vers son fils Henri III qui devrait payer les conséquences de  l’assassinat du duc de Guise ? Dans tous les cas, il est peu probable qu'en ce remémorant les heures tragiques de son gouvernement, Catherine soit partie l'âme apaisée ; que de sang au nom de la raison d’État ! Et pour un résultat nul ! Nostradamus lui avait prédit que trois de ses fils seraient rois. Le dernier régnait et n'avait pas de descendance : était ce la fin de la dynastie?!

 

Enfin, dans une grande immobilité face à la fatalité du double meurtre, elle qui avait tant écrit de scénographie où son ses sujets jouaient le rôle de simples spectateurs, attendait en simple spectatrice la fin de son histoire.

 

Née le13 avril 1519 à Florence, Catherine devenue, madame la royne-mère, expirait le 5 janvier 1589, à Blois à 13H00.

 

Chapelle du château. Blois. Source Laure Trannoy
Chapelle du château. Blois. Source Laure Trannoy

Après avoir été autopsié selon la tradition et sur ordre de son fils, son corps est placé dans un double cercueil, un de  plomb contenu dans un de chêne.

 

Ensuite, selon la tradition une effigie faite à la corpulence de la défunte est réalisée. Un masque de cire peint et les yeux ouverts, fait à partir du masque mortuaire de Catherine rend l'illusion parfaite. Cette représentation anthropomorphique extrêmement réaliste, revêtue des riches habits qui avaient servi à vêtir l'effigie d'Anne de Bretagne décédée le 9 janvier 1514 au même endroit est placée sur un lit de parade. Devant ce double mortuaire de Catherine exposé dans une chambre de parade, le peuple va défiler.

 

Le 4 février 1589, la ville de Saint Denis étant aux mains de la Ligue, son corps est déposé dans l’église Saint-Sauveur de Blois. Estienne Pasquier, fidèle serviteur déplore le peu de considération rendue à la dépouille de Catherine [...] "on a été contraint de l'enterrer en pleine nuit, non dans une voûte, pour n'y en avoir aucune, mais en pleine terre [...]. Misérable certes est la condition humaine !" [...]. 

 

Laissons à Honoré Balzac et Jules Michelet la responsabilité de la conclusion ;  respectivement deux avis opposés.

Aussi, pour qui creuse l’histoire du seizième siècle en France, la figure de Catherine de Médicis apparaît-elle comme celle d’un grand roi. H de Balzac

Le bien et le mal. Blois. Source Sylve Valentin.
Le bien et le mal. Blois. Source Sylve Valentin.

 

"[...] la figure de Catherine de Médicis apparaît-elle comme celle d’un grand roi [...] En France, et dans la partie la plus grave de l’histoire moderne, aucune femme, si ce n’est Brunehault ou Frédégonde, n’a plus souffert des erreurs populaires que Catherine de Médicis .

 

"Ce n'est pas une Italienne avec le vieille politique des Borgias, qui pouvait tenir la balance entre les hommes énergiques qui la méprisaient""[...]

 

Que retenir de plus ? La France doit à Catherine l'introduction du tabac dans le royaume. C'est Jean Nicot (qui a donc donné son nom à la Nicotia tabacum), son ambassadeur au Portugal qui le lui en avait envoyé comme médecine. On prêtait au tabac diverses propriétés ; il était utilisé pour soigner les migraines de François II.

 

À en croire Brantôme, la possibilité pour une femme de monter en amazone "Elle estoit, fort bien à cheval, et hardie, et s’y tenoit de fort bonne grâce, ayant esté la première qui avoit mis la jambe sur l’arçon, d’autant que la grâce y estoit bien plus belle et apparoissante que sur la planchette, et a toujours fort aimé d’aller à cheval jusqu’à l’âge de soixante ans ou plus, qui pour sa foiblesse l’en privèrent, en ayant tous les ennuis du monde"(source .wikisource.org). "

 

Et enfin, l'utilisation de la fourchette à deux dents à table ; elle ne remplaçait cependant pas les mains. En effet, il était inconcevable de porter à la bouche un aliment avec cette fourche symbole du diable. La fourche permettait de "piquer" l'aliment, et ce dernier retiré avec les doigts, était enfin portée à la bouche.

 


la charogne de Catherine

Violation de la nécropole royale. Hubert Robert. Carnavalet
Violation de la nécropole royale. Hubert Robert. Carnavalet

En 1610 elle rejoint dans l'immortalité ses égaux à Saint Denis.

 

En 1719, lorsque la rotonde des Valois est démolie son corps à nouveau est déplacé.

 

En 1793, lorsque les révolutionnaires se déchainent contre les corps royaux, son cercueil est ouvert et son corps basculé dans la fosse commune, ouverte pour entasser les dépouilles royales. Un dénommé Bruley, receveur des Domaines put garder une jambe en souvenir. Elle serait encore dans l’une des réserves du musée Tavet de Pontoise.


L'héritage royal du cousin de province

Assassinat d'Henri III. Château de Blois. Source : Laure Trannoy.
Assassinat d'Henri III. Château de Blois. Source : Laure Trannoy.

On l'a lu. En 1584, la mort sans descendance de François d'Alençon, dernier frère du roi de France, pose un problème de succession, Henri III étant sans héritier.

 

Paris étant aux mains de la Ligue, Henri III ordonne en février 1589 le transfert du parlement de Paris à Tours, ville où il installe officiellement le pouvoir. Devenu pour les ligueurs le roi de Rien, Henri III se rapproche de son cousin, Henri de Navarre. Sa position d’aîné des descendants en primogéniture mâle fait que conformément à la loi salique, ce dernier sera le prochain roi. Le 30 avril 1589, les deux cousins scellent à Plessis-lez-Tours leur réconciliation. Ensemble, ils vont se porter sur Paris, aux mains de la Ligue.

 

Le 1er août 1589, Henri III est poignardé à Saint-Cloud, où il s'était installé alors que ses troupes et celles d'Henri de Navarre assiégeaient Paris. Son assassin est un dénommé Jacques Clément, un moine ligueur venu de Paris.

 

Avant de mourir de la blessure fatale que lui a infligée ce dominicain fanatique, le dernier Valois, désigne formellement comme son successeur son cousin (au 22e degré, et uniquement par les hommes ce qui va dans le sens de la loi salique telle que les juristes français l'interprètent), le roi Henri III de Navarre.

 

Ce n'est pas un simple changement dynastique ! Même s'il n'est pas certain que le futur Henri IV ait revu avant sa mort Henri III pour l'entendre une dernière fois, ceux qui veulent légitimer le nouveau roi se déclarent témoins des dernières paroles supposées d'Henri III. Elles sont pour son successeur et les fidèles présents. Au premier il dit :

 

"Mon frère, vous voyez l'état auquel je suis ; puisqu'il plaît à Dieu de m'appeler content en vous voyant auprès de moi. Dieu en a ainsi disposé, ayant eu soin de ce royaume, lequel je vous laisse en grand trouble. La couronne est vôtre après que Dieu aura fait sa volonté de moi. Je le prie qu'il vous fasse la grâce d'en jouir en bonne paix. A la mienne volonté qu'elle fut aussi florissante sur votre tête comme elle l'a été sur celle de Charlemagne. [...].".


D'autre part, aux seconds, il confirme son choix dynastique en faveur d'Henri de Navarre "[...] je vous prie comme mes amis, et vous ordonne comme vostre roy, que vous reconnoissiez après ma mort mon frere que voila [...].(NDLR source Mémoires du duc d'Angousleme).

 

Henri III a-t-il tenu un tel discours, mot pour mot ? On est en droit d'en douter. Cependant ses paroles prêtées au roi mourant, ont la valeur du testament politique d'un roi. Ce discours légitime définitivement l'accession au trône de France, du roi de Navarre : voilà qui a certainement fait l'affaire des services de communication du Béarnais.

 


Un roi baroque mais très classique

Henri III (Source : Wikimedia)
Henri III (Source : Wikimedia)

Qui était Henri III ? Un roi controversé ?  Un roi baroque ? Controversé, certainement. Baroque ?  Voyons au-delà de la légende  !

 

Le cliché classique le représente entouré de ses mignons, se promenant un bilboquet à la main ! Déjà au XVIe siècle les politiques utilisent les moyens de communication à des objectifs précis, y compris celui de nuire à l'adversaire. À partir du moment où Henri III entend régner de manière indépendante, qu'il envisage de laisser son trône à Henri de Navarre, l'image que ses ennemis entendaient donner à son peuple peut être aujourd'hui revisitée.

 

Pierre de L'Estoile, un contemporain du règne du dernier Valois, assurait que "Ce Roy étoit un bon prince, s’il eût rencontré un meilleur siècle".

 

Et pourtant peu l'aimait et tous de rire au pamphlet accrochait en 1576 aux portes du Louvre qui se moquait  :

 

 "Henri III, par la grâce de sa mère, inutile roi de France, imaginaire roi de Pologne, concierge du Louvre, marguillier de Saint-Germain-l'Auxerrois, bateleur des églises de Paris, gendre de Colas, godroneur des collets de sa femme, et friseur de ses cheveux, mercier du palais, visiteur d'étuves, gardien des quarante mendians, père conscrit des blancs-battus, et protecteur des capucins".

 

Comme ses deux frères régnants,  Henri III se trouve confronté à des évènements sur lesquels il a peu de prise. L'homme est intelligent. Courageux, mais incapable d'imposer par faute de moyens sa volonté, comme sa mère, il "ruse".

 

C'est un exhibitionniste perçu comme un provocateur. Avec ses mignons il apparait à des bals masqués, travesti en femme, couvert de pierreries. Mais que personne ne s'y trompe, quand un mignon tirait l'épée, valait mieux être une bonne lame. Les mignons ne quittaient pas le roi, et quand l'un manquait à l'appel, c'est qu'il avait été occis, en défendant l'honneur du roi. Le roi aime les femmes, sa reine, ses mignons aussi, mais d'une façon autre. Quand Marie de Clèves meurt à 21 ans, Henri est inconsolable et tombe en dépression. La bisexualité du roi reste encore à prouver.

 

Après s'être donné en spectacle lors des bals, le roi dans des élans mystiques se réfugie dans des monastères, où il faisait retraite. Alors que Catherine s'entoure de mages, le roi s'enfonce dans les bondieuseries. Même les catholiques les plus décérébrés ricanent quand le roi bigot fait ses dévotions. Il était si excessif et exalté dans ses exercices de religion, qu'assurément il aurait trouvé le moyen de se noyer dans les 3 centimètres de l'eau d'un bénitier si Dieu le lui avait demandé. Henri III aimait visiter à Paris le couvent des "quatre mendians" dont il était le protecteur. Il était aussi prieur des "pénitents blancs". Il  s'affichait dépouillé comme un gueux, la tête basse, un cierge à la main, errant dans Paris, allant à pied d'église en église, psalmodiant répétitivement le Pater Noster. Les Ligueurs, dont il est la risée, ne le prennent pas au sérieux, et rêvent de l'enfermer dans un couvent.

 

Le roi se prend de passion pour les confréries des flagellants. À l'aide d'un fouet, le pénitent se frappait jusqu'au sang pour l'expiation de ses pêchés. Il semblerait qu'il se soit également donné à la pratique de la flagellation. Pour ses détracteurs, aucune piété dans cet exhibitionnisme : sodomite, SM, la réputation du roi est bien établie. Interprétation très personnelle : Eros et Thanatos !

 

On doit à Henri III, la création de l'ordre du Saint-Esprit ; sa création est à mettre lien avec la Pentecôte, où le Saint-Esprit était descendu sur les apôtres. C'est le jour de cette fête que respectivement les trônes de Pologne, puis de France lui avaient été offerts. La commémoration de ces deux anniversaires a conduit aussi à un acte politique : à partir des statuts de l'ordre, Henri III espérait rallier des nobles catholiques qui avaient basculé dans le camp du duc de Guise ; ce dernier ne figurait pas parmi les 27 chevaliers-commandeurs honorés par le roi pour devenir membre de l'ordre.

 

Alors que son autorité est battue en brèche, Henri III renforce l'étiquette, comme outil visant à donner le vernis qui convient à une dignité royale battue en brèche. Dans une dynamique d'absolutisme, François 1er, tout en développant la cour, avait introduit notamment le "Votre Majesté", "et tel est notre bon plaisir". En développant pour les courtisans un code de bonnes et respectueuses manières à respecter en présence du roi, Henri III tente probablement de maintenir le prestige dû à la couronne, et par voie de conséquence, à sa personne royale bien malmenée. 

 

Mais entretenir une cour à un coût ; pour le roi, mais aussi pour les courtisans qui doivent y paraître et y vivre. Les goûts de luxe du roi pèsent lourdement sur les finances du royaume, déjà mises à mal par les guerres, les privilèges distribués aux serviteurs de la couronne, les constructions et rénovations de châteaux.....

Oraison pour une dynastie défunte

Translation du corps d'Henri III (Source : Wikipedia)
Translation du corps d'Henri III (Source : Wikipedia)

Le roi agonisant inscrit la désignation d'Henri de Bourbon son cousin, dans une continuité dynastique respectant les Lois fondamentales du royaume. (NDLR concernant les règles de succession, des arguments recevables pouvaient être évoqués par les parties opposées. Pour aller plus loin, lire "L'assassinat d'Henri IV" de Roland Mousnier. Chap. 6 intitulé le problème de la légitimité d'Henri IV.Page 111.Gallimard.2008).

 

Cependant cette décision respectant selon le roi agonisant les principes successoraux du royaume ne peut que poser à la majorité des sujets du roi un problème de fond : Henri III de Navarre, appelé à devenir Henri IV sur le trône de Saint Louis, est de confession protestante. Dès l'âge de 23 ans, il a occupé un rôle de premier plan comme chef du parti protestant.

 

Mais avant de poursuivre, arrêtons le sablier de l'histoire, le temps d'une oraison dédiée aux derniers Valois (on considèrera ici par convention qu'ils sont issus d'une branche collatérale des Capétiens).

 

Avec la mort d'Henri III, s'efface derrière les lambeaux du temps, la dynastie des Valois.

 

Les Capétiens directs (987-1328) ont poursuivi l'unification territoriale, affermi l'autorité royale, rassemblés et organisés des terres éparses en royaume. La lignée suivante, celle des Valois, accède au trône de France avec Philippe de Valois, dans le cadre d'une grave crise de succession. Philippe de Valois, futur Philippe VI, cousin des trois fils de Philippe le Bel, est préféré par les Français à Edouard III Plantagenêt, roi d'Angleterre, petit-fils du roi de France Philippe-Le-Bel. Cette question dynastique conduira la branche aînée des Valois a libérer la France de l'occupation anglaise, dans une guerre qui, commencée sous Philippe VI, a duré cent ans.

 

Charles VIII, le dernier Valois direct, finalise l'unité du royaume en épousant la duchesse Anne de Bretagne. Il entraîne en 1495 la France dans les guerres d'Italie, en revendiquant le royaume de Naples. Les branches cadettes des Valois-Orléans et  des Valois-Angoulême vont les poursuivre jusqu'en 1559 où Henri II y met fin. Avec l'aventure italienne, le royaume de France s'ouvre à la Renaissance.

 

Les trois derniers Valois de la branche cadette, rejetons d'une lignée prestigieuse, sont des rois très controversés et malmenés par l'Histoire. Leur mère également. Leur politique versatile a pour excuse que même le meilleur capitaine pris dans une terrible tempête, n'a d’autre choix que de naviguer en faisant avec les éléments déchainés.

 

Les Valois ont donné 13 rois à la France et cette dynastie s'est maintenue au pouvoir pendant 261 ans.

 

Si on devait identifier les derniers Valois par des couleurs, elles seraient rouge et noire. Rouge pour le sang des chaos sanglant, et noir, pour les deuils.

 

L'historiographie a enfermé les derniers Valois dans un cercle de passions, drames, corruption, relations "incestuelles". Leur vie est un roman et source d'inspiration pour des auteurs comme Alexandre Dumas ! Il est à espérer que comme pour "Les rois maudits" la vie des enfants de Catherine inspire plus de dramaturges.

 

À quand des pièces de théâtre ou des films comme celui de Patrice Chéreau ?

  

Entracte

Couronne de Saint Louis (Source : Wikipedia)
Couronne de Saint Louis (Source : Wikipedia)

Pas d'erreur : Henri IV de Pologne est devenu Henri III de France ; quand Henri III de France est mort, Henri III de Navarre est devenu Henri IV de France

 

Clin d'œil de l'Histoire !

 

Chaque fois que le royaume changera de dynastie, trois frères règneront en des temps troubles. Chacun se souvient des rois maudits. Les trois fils de Philippe le Bel, de la lignée des Capétiens, respectivement Louis X , Philippe V et Charles IV le Bel mourront sans laisser de successeur.

 

Les Valois disparaissent après avoir donné au royaume une fratrie maudite, ne laissant aucun héritier. Un scénario  identique nous attend avec la dynastie suivante, celle des Bourbons. Louis XVI et ses deux frères règneront, pour laisser au destin, le choix de nouvelles dynasties. Cette malédiction du lignage s'arrête avec les Orléans et les Bonaparte. Pas celle des Tuileries. Mais cela est une autre histoire.

 

Exit les Valois, place au règne des Bourbons et à une transition politique difficile.

 

Quelles familles !

 

Louis I

Louis II

Louis III

Louis IV

Louis V

Louis VI

Louis VII

Louis VIII

Louis IX

Louis X (dit le Hutin)

Louis XI

Louis XII

Louis XIII

Louis XIV

Louis XV

Louis XVI

Louis XVII

Louis XVIII

et plus personne plus rien...

qu'est-ce que c'est que ces gens-là

qui ne sont pas foutus

de compter jusqu'à vingt ?

 

Jacques Prévert. Les belles familles.

 

Suite : Comme un rêve de pierre