10 août 1792. agonie de la monarchie et massacre des Cent-Suisses.

Prise de la Bastille, par Jean-Pierre Houël
Prise de la Bastille, par Jean-Pierre Houël

CONTEXTE

 

Le 20 juin 1789, lors serment du Jeu de paume à Versailles, des députés dans un enthousiasme quasi général et contagieux font serment de ne se séparer qu'après avoir doté le royaume d'une constitution. 

 

Le 9 juillet 1789, les Etats Généraux se proclament Assemblée Nationale Constituante

 

Le14 juillet 1789, la Bastille tombe ! 

 

 

Paris est aux mains du peuple !

 

La révolution s'accélère ; les dates s'enchainent.

 

-4 août 1789 : abolition des privilèges et des droits féodaux ;

 

26 août 1789 : adoption de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

 

G.Lenotre  résume ainsi la situation " Le peuple s’étonne d’apprendre que c’est lui le souverain ; il ne s’en doutait pas et vivait bien tranquille. Maintenant, il veut tenir son rôle et les pêcheurs en eau trouble ne manquent pas de le lui souffler".

 

Louis XVI qui aurait pu être le roi de la transition.  Totalement dépassé par une situation qui lui échappe. Il sera le roi de la révolution.

 

 

 

6 octobre 1789.Wikipedia.Jacques-François-Joseph Swebach
6 octobre 1789.Wikipedia.Jacques-François-Joseph Swebach

 " J'ai froid, c'est comme si j'entrais dans un tombeau". Marie-Antoinette

 

Le 6 octobre 1789, pour mémoire, la famille royale est arrachée a Versailles ; elle est ramenée de force au château des Tuileries.   

 

Délaissé par les rois aux profits d'autres palais, principalement celui de Versailles à partir de 1682, le château des Tuileries, demeuré résidence royale, devient symboliquement le siège du pouvoir à partir du moment où la révolution y amène de force en octobre 1789, Louis XVI et sa famille.

 

Le 6 octobre à midi le signal du départ pour Paris est donné, dans le plus grand désordre.

 

  

Pauline de Tourzel ( fille de gouvernante de ses enfants de la reine) encore enfant raconte le trajet de Versailles à la capitale :

 

[...]  le Roi monta en voiture, ayant avec lui la Reine, M. le Dauphin, Madame Royale, Madame Élisabeth et ma mère.

Plusieurs autres voitures suivaient.

 

[...] Ce triste cortège marchait dans une confusion inexprimable et si lentement, qu’on mit six heures à faire les quatre lieues qui séparent Versailles de Paris. À chaque instant on entendait tirer des coups de fusil, et la tête du Roi et celle de la Reine ne cessèrent pas d’être en danger pendant tout le trajet. Plusieurs coups de feu furent tirés dans la direction de leur carrosse. Il y eut quelques personnes de tuées.

Les voitures, qui marchaient au pas, étaient entourées d’une multitude de brigands dont les cris affreux glaçaient d’effroi. Des canons précédaient le cortège : des hommes habillés en femmes étaient à cheval sur ces canons, et les têtes des malheureux gardes du corps massacrés, portées au bout des piques, servaient de bannières à cette horde de sauvages ; plusieurs fois on vint à la portière du Roi présenter à ses regards ces têtes sanglantes de ses malheureux serviteurs. [...].

 

A 19h00, le maire de Paris accueille le roi aux portes de Paris. Après de longues palabres à l'Hôtel de Ville, ce n'est qu'à la nuit tombée que la famille royale et une partie de sa suite gagnent les Tuileries.  

 

  Les Tuileries ! Prison pour une monarchie moribonde, ou antichambre mortuaire ! ?

 

Marie-Antoinette intuitivement l'avait senti, quand pénétrant dans le palais, elle s'était mise à trembler.

 

Madame Élisabeth, la sœur du roi qui se tenait à ses côtés inquiète en oyant la pâleur de sa belle-sœur lui avait demandé :

 

"Ma sœur, vous vous sentez mal ?"

 

 

Et la souveraine de répondre :

 

" J'ai froid, c'est comme si j'entrais dans un tombeau". 

 

Le jeune Dauphin traversant les pièces de parade d'un autre temps, mal éclairées, poussiéreuses, aux tapisseries usées, fanées et vieillies s'exclame   :

 

"Oh Maman, comme tout est laid ici !".

 

"Louis XIV y logeait et s’y trouvait bien. Nous ne devons pas être plus difficiles que lui" murmura la souveraine.

 

Rien n'était prêt pour l'arrivée de la famille royale et de sa suite.  

 

Pauline de Tourzel est effarée de pénétrer « dans des appartements sens dessus dessous, pleins d’ouvriers et des échelles de tous les côtés… Les meubles les plus nécessaires y manquaient ; ceux qu’on y trouvait étaient délabrés, les tapisseries vieilles et fanées. Les salles étaient mal éclairées au moment où nous entrâmes, tout respirait un sentiment de tristesse en harmonie avec les impressions que nous rapportions de cette douloureuse journée ».

 

Le petit dauphin qui dormait à poings fermés dans les bras de sa gouvernante fut couché au second étage du pavillon de Flore. Ce second étage nous le feront plus tard était maudit !

 

Les Tuileries ! Prison pour une monarchie moribonde, ou antichambre mortuaire !?

 

Versailles devenu en quelques heures un rêve inaccessible  !

 

   

14 juillet 1790.Auteur anonyme.
14 juillet 1790.Auteur anonyme.

 

 

Bien des évènements notables se dérouleront encore avant le 10 août 1792.

 

Notons en trois dans cet article.

 

Le14 juillet 1790, fête de la Fédération. Elle se déroulât sur le champs de Mars à Paris. Tout est encore possible pour le souverain ! La famille royale est acclamée et le royaume unit dans un même élan de fraternité autour de la devise "la Nation, la Loi et le Roi".

 

Mirabeau, peu après rencontre dans le plus grand secret Louis XVI au château de Saint-Cloud.

 

Le tribun révolutionnaire conscient de l'emballement de la révolution, d'un roi peu libre de manœuvrer et de plus en plus prisonnier de Paris conseille à ce dernier de fuir en province. De là, le souverain sera libre de ses mouvements. Marie-Antoinette n'ayant aucune confiance en Mirabeau qui a été un des moteurs de la révolution conseille au roi de rester à Paris.

 

Le 2 avril 1791, la mort de Mirabeau qui voulait sauver la monarchie, une monarchie constitutionnelle, ne sera pas sans conséquence.

 

Le 18 avril 1791, accompagné de sa famille le souverain décide de "faire ses Pâques" au château de Saint Cloud. Le carrosse royal est empêché de quitter la cour des princes du château des Tuileries. D'une part, par des gardes nationaux affectés à la protection de la famille royale et bien entendu par une foule de parisiens surexcités. Pendant plus de deux heures, enfermés dans leur voiture, les souverains sont abreuvés d'insultes. Enfin, le roi ayant dès le début refuser d'utiliser la force, donne l'ordre de regagner les Tuileries. 

Les plans de fuite échafaudés dès juillet 1789 sont à nouveau d'actualité.

 

Le 20 juin 1791 dans la nuit, la famille royale parvient à fuir des Tuileries. Le lendemain cette dernière est arrêtée à Varennes, vers 22h55.

 

Paris se réveille sans roi !

 

Premières réactions : laissons la parole à G Lenotre 

 

[...] Tout Paris sait déjà la nouvelle. Des gens consternés s’amassent au Carrousel, les yeux fixés sur les longues façades, dans le vain espoir de surprendre leur secret. Il y a du désespoir dans cet ébahissement : pour la première fois depuis de longs siècles, la France n’a plus de roi ; cette vacance produit une impression de vide qui épouvante. Le tocsin tinte à tous les clochers, avivant l’angoisse unanime ; les commerçants ferment leurs boutiques. — Est-ce vrai ? Il est parti, ce roi que, depuis deux ans, on a tant contrarié, molesté, bafoué, humilié, avili… l’ingrat ! Que va-t-on devenir sans lui ?

 

Maintenant, une multitude s’écrase aux abords des Tuileries ; les grilles en sont large ouvertes, les portes béantes, comme d’un logis abandonné. Plus de gardes, plus de consignes. Les plus hardis pénètrent sous le péristyle, se hasardent dans l’escalier, timidement d’abord : le prestige séculaire de la royauté impose toujours ; on hésite à se risquer dans ce château mystérieux sur lequel, depuis sa création, pèse un mauvais sort et qui semble se refuser à abriter les souverains. [...]

 

Mais la stupeur passée, colère et défiance s'installent ; le divorce entre le peuple et le roi est presque consommé.

 

 

Dans la crainte de la proclamation d'une république, l'assemblée constituante dominée par les Feuillants  (représentants de la noblesse libérale et du haut Tiers) fait croire à un enlèvement de la famille royale. Efforts vains !   Les jours de la monarchie sont comptés.

 

 

 

 

Léopold II demande à Louis XVI qui sanctionne la constitution ce qu'il fait. BNF
Léopold II demande à Louis XVI qui sanctionne la constitution ce qu'il fait. BNF

Année 1792

 

Année fatale !

 

Le 21 avril 1792, l'Assemblée législative déclare la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie » c'est-à-dire à l'empire d'Autriche (dont le souverain Léopold II n'est autre que le frère de Marie-Antoinette),et indirectement au  royaume de Prusse. 

 

Le 13 septembre 1791 le roi accepte une nouvelle constitution. Il se déplace en personne à l'assemblée nationale proche du château des Tuileries. Le souverain conserve  le pouvoir exécutif et a un droit de veto. Il commande la Garde nationale. Le pouvoir législatif est confiée à une assemblée.

 

La révolution semble terminée. La transition du pouvoir absolu à une monarchie constitutionnelle parait à tous achevée. Le peuple est en liesse et la famille royale acclamée. G Lenotre écrit "Pour la première fois depuis le 5 mai 1789, la paix semble conclue entre les novateurs et le chef du pouvoir exécutif".

 

Mais, comme l'explique l'historien, cette paix n'est pas dans le cœur du roi. Sanctionner la constitution a été pour ce dernier autant un drame qu'une humiliation.

G Lenotre donne la description d'une scène expliquant les sentiments du roi, alors que de l'assemblée il rentre au château  :

 

Dès qu’il est délivré de l’ovation populaire, il se rend chez la reine qui, d’une loge particulière, vient d’assister à la séance. Il est pâle, ses traits sont altérés ; il se jette dans un fauteuil et mettant son mouchoir sur ses yeux : « Ah ! Madame, dit-il, tout est perdu ! Et vous avez été témoin de cette humiliation ! Vous êtes venue en France pour voir… » Les sanglots l’étouffent ; la reine tombe à ses pieds et le serre dans ses bras.

 

Pourtant nous dit G Lenotre  [...] il fallut feindre la satisfaction. Tout Paris, jugeant la Révolution terminée, trépignait d’allégresse ; le bon roi venait d’assurer pour toujours la félicité de son peuple. Aussi quel élan de reconnaissance ! Jamais, d’un tel cœur, on n’a crié Vive le roi ! Les Tuileries sont magnifiquement illuminées ; des lignes de feu s’étendent depuis la place Louis XV jusqu’à la colonnade du Louvre ; les bassins du jardin, les allées, les parterres resplendissent de décorations lumineuses. Le roi, la reine, le dauphin doivent se promener en voiture parmi la foule enthousiaste ; sur leur passage, montent en concert les vivat, les bénédictions et, — leçon à l’adresse des députés, — les cris répétés de Chapeau bas ! [...]

 

 

 

Pie VI.Toile de Pompeo Girolamo Batoni.
Pie VI.Toile de Pompeo Girolamo Batoni.

 

 

Très rapidement le souverain utilise son droit de veto.  Obstruction notamment à trois décrets qui conduiront le peuple à forcer les portes des Tuileries le 20 juin 1792. Louis XVI très inquiet des excès possibles d'hommes armés dans la capitale s'oppose à la venue de 20 000 Fédérés appelés par certains de ses ministres à célébrer le 14 juillet. Il refuse de sanctionner le décret prévoyant l'installation des Fédérés provinciaux et le décret prévoyant leur installation dans un camp parisien dédié.

 

Mais le veto du roi sur son refus de déporter les prêtres réfractaires fidèles à Rome est plus personnel que politique. Pour ce roi pieux, loin de la bigoterie, la constitution civile du clergé, condamnée par le pape Pie VI, trouble sa conscience. Après bien des hésitations le roi avait été obligé de signer cette constitution.

 

Le 9 juillet 1790 Pie VI avait écrit à Louis XVI ;

 « Nous devons vous dire avec fermeté et amour paternel que, si vous approuvez les décrets concernant le Clergé, vous induirez en erreur votre Nation entière, vous précipiterez votre Royaume dans le schisme et peut-être dans une guerre civile de religion. »  

 

La guerre civile ! La terreur de cette dernière est omniprésente dans les pensées mais aussi les actes du souverain.

 

Le 10 juillet de cette cette année de référence, le pontife intervient à nouveau. Le roi doit refuser la Constitution. Ce n'est que le 23 juillet que Louis XVI prend connaissance des messages du 10 juillet arrivés de Rome.  

 

Le 24 août 2Louis XVI sanctionne et promulgue les décrets le 24 août 1790.

 

Mais il ne reculera pas une seconde fois.

 

 

 

 

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