Résumé de l'histoire du château

Château des Tuileries, vers 1870. (Source : Gilles Brémond)
Château des Tuileries, vers 1870. (Source : Gilles Brémond)

Aujourd’hui, quel promeneur partant de l'Arc de Triomphe du carrousel et se dirigeant vers la place de la Concorde en traversant le jardin des Tuileries imaginerait que jusqu'en 1870 cette aimable promenade lui aurait été impossible ?

 

Qui pourrait imaginer que l'Arc de Triomphe du Carrousel ouvrait sur une cour d'honneur fermée par un château qui s'étendait du pavillon de Flore à celui de Marsan ?

 

En 1564, c'est Catherine de Médicis qui a décidé la construction de ce palais de style Renaissance, à l'ouest du Louvre, et proche de ce dernier. Son projet chimérique ne sera jamais finalisé, mais des fondations surgit une résidence, pouvant rivaliser avec les autres demeures royales. Un jardin Renaissance jouxte le palais.

 

À partir de la construction initiale, certains souverains font laisser leur empreinte notamment par des constructions ou élévations nouvelles.

 

Henri IV en prolongeant le château vers la Seine le relie au Louvre, par l’intermédiaire d'une " grande galerie au bord de l'eau", parallèle à la rive droite de la Seine. Le 14 octobre 1988, lors de son discours d'inauguration de la pyramide du Louvre, François Mitterrand explique la raison qui a conduit le souverain à rattacher les deux résidences [...] Et je crois que l'idée initiale de ce lien a été un réflexe de sécurité. Les rois étaient mieux aux Tuileries, mais l'asile était plus sûr au château fort. Je crois que c'est Henri IV qui a commencé la galerie du bord de l'eau qui était tout simplement le moyen de communiquer entre le palais et le château fort[...] .

 

Sous Louis XIV, Louis Le Vau agrandit le château en le prolongeant vers le Nord.

 

Dans un pavillon tout en longueur il installe une gigantesque salle de spectacles (la salle des machines) venant buter sur une dernière réalisation, un pavillon carré, notre actuel pavillon de Marsan. "L' architecte ordinaire des bâtiments du roi" homogénéise l'ensemble des façades présentant au fil des ajouts, un caractère hétéroclite. En agrandissant et surélevant  le pavillon central qu'il couronne d'un dôme lourd, Louis Le Vau donne à l'ensemble du bâtiment une silhouette massive qu'il gardera jusqu'à sa destruction.

 

Dans le prolongement  de la grande allée du jardin des Tuileries, perpendiculaire au pavillon central du château, André Le Nôtre a dessiné dans l'axe du pavillon central, "Le Grand cours", appelé plus tard Champs-Élysées. Le jardinier du roi Louis XIV confirmait ainsi la vocation de l'Ouest parisien à s'ouvrir à l'urbanisation, et qui avait été initié avec la construction de cette résidence royale.

 

Sous les règnes de Louis-Philippe et Napoléon III des aménagements intérieurs significatifs sont conduits. Mais il revient au dernier empereur des Français, le 14 août 1857 d'inaugurer le "nouveau Louvre".

 

300 ans après Henri IV, Napoléon III, à la suite de travaux gigantesques, réunit les deux palais, par une seconde galerie parallèle à celle "du bord de l'eau".

 

Les temps étant aux grands dégagements, le baron Haussmann profite de l'opportunité pour démolir les vieux quartiers qui depuis le moyen-âge occupaient l'espace entre les deux palais.

Un grand squelette de pierre

Ruine du pavillon central. (Source : Michel Hourdebaigt, BHVM)
Ruine du pavillon central. (Source : Michel Hourdebaigt, BHVM)

Réputé maudit depuis Catherine de Médicis, ce palais des maléfices sera le siège du pouvoir à partir d'octobre 1789 quand Louis XVI obligé de quitter Versailles est ramené de force à Paris. Dès lors, jusqu'en septembre 1870, tous les souverains français se devront d'y résider, pour affirmer symboliquement leur légitimité.

 

En mai 1871, neuf mois après la chute du Second Empire, le château est incendié par la "Commune".

  

Les ruines du château étaient restaurables. En effet si toitures et planchers étaient effondrés et l'intérieur totalement dévasté, les façades séculaires bien que très dégradées restaient debout, comme défiant la république nouvellement installée.

 

Elles rappelaient dangereusement que jusqu'en juillet 1870, ici battait le cœur d'un empire brillant, semblant éternel ! De ce centre où la France pensait régenter le monde, il ne restait rien des gloires passées, sauf une enceinte de murs et des colonnes calcinés ;  mais l'aigle telle le phénix ne renaitrait-elle pas de ses cendres ? 

  

Ici faisons entrer un homme tant décrié pour ses détracteurs, et pour lequel je ne cache pas mon admiration :  G Lenôtre. J'aurais aimé avoir son érudition et surtout son style si personnel pour accompagner tout au long de ce site. Mais au fil de votre lecture vous verrez le retrouverons souvent. L'historien et académicien  a été fonctionnaire au ministère des Finances après la chute du Second Empire. L’aile Richelieu du Louvre abritait alors cette administration. Depuis la fenêtre de son bureau, G Lenôtre était troublé par la carcasse de pierre qu'il dominait, et qui impressionnait encore.

 

Pour que personne n'oublie le château, l'historien lui dédiera un livre. Ici est un court extrait des réflexions qu'inspirent les lieux désolés à l'âme troublée de l'auteur :

 

"Le grand squelette de pierre allait rester debout pendant longtemps ; sans toit, portes et fenêtres béantes, il semblait que le prestige de son passé le défendait encore contre l’abolissement définitif. On n’osait pas. C’était, d’ailleurs, une ruine magnifique, imposante comme le Colisée [...]. Dans les premières années qui suivirent le désastre, le sentiment public n’admettait pas que Paris pût être privé de son château où, si longtemps, avait battu le cœur de la France".

  

Le nouvel exécutif hésita longtemps sur la conduite à suivre. Restaurer relevait trop du bon sens, mais la résidence ravagée rappelait dangereusement les régimes monarchiques. Dans l'espace parisien qu'ils occupaient encore, les restes des Tuileries étaient comme une sorte de témoignage historique à bannir de la mémoire collective pour que la république vive, pour qu'aucun prétendant au trône dans ce palais restauré ne vienne y proclamer sa légitimité, à l’instar des illustres occupants précédents.

  

Les années passant, les silhouettes fantomatiques se révélaient de plus en plus gênantes pour la République qui tergiversait à voter la démolition !

  

En 1882, le gouvernement franchit le pas et le parlement vote la destruction.

  

Cependant, le temps aidant, quelques projets de reconstruction ont été envisagés par divers gouvernements.

  

Le dernier en date a pour initiateur le général de Gaulle.

  

En 1958, trouvant le palais de l’Élysée trop étriqué pour héberger tous les services de la présidence, Charles de Gaulle envisage de s'installer au château de Vincennes. Les couts financiers d'aménagement, entre autres, lui font abandonner l'idée. En 1965, à la demande du général, l'architecte Henry Bernard soumet un plan de reconstruction du château des Tuileries, dans le but toujours d'y installer la présidence. Aucune suite ne sera donnée à ce travail.

  

En 2002, un "Comité national pour la reconstruction des Tuileries" a été fondé en vue de reconstruire le palais des Tuileries à partir de fonds privés. L'État, la Ville de Paris, le Musée du Louvre et le Comité français d'histoire de l'art ont émis un avis défavorable au projet.

  

En 2003 est créée l’association "Bâtisseurs des Tuileries" qui prône entre autres la reconstruction virtuelle du château.

  

Aujourd'hui, seul le jardin des Tuileries rappelle qu'au cœur de Paris, cet espace arboré tient son nom d'un château disparu.

 

 

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