Le ballet des Polonais

Tapisserie "Ballet des Polonais". Musée des Offices, Florence. Source Leonie Frieda. Catherine de Medici. London: Phoenix, 2005. ISBN 0173820390 Invalid ISBN.
Tapisserie "Ballet des Polonais". Musée des Offices, Florence. Source Leonie Frieda. Catherine de Medici. London: Phoenix, 2005. ISBN 0173820390 Invalid ISBN.
Par Marcello Bacciarelli — www.zamek-krolewski.pl, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=13357985
Sigismond II F Cavalli.Source Enciclopedia italiana di scienze, lettere ed arti, éd. Istituto Giovanni Trecani (1931).Par M.Bacciarelli.www.zamek-krolewski.pl, Domaine public, https://commons.wikimedia.org
Réception d’une ambassade polonaise.
En août 1573 Paris est en effervescence. Le jardin des Tuileries notamment va servir de scène à des festivités exceptionnelles : la réception d'une ambassade polonaise venue offrir  au duc  Henri de Valois (second frère du roi Charles IX) la couronne élective de Pologne.
 
En effet, Sigismond II roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie, dernier de la dynastie des Jagellons malgré trois mariages successifs meure sans héritier le 7 juillet 1572.  A sa mort, la noblesse polonaise instaure le principe d'une monarchie élective. Prouesse diplomatique du roi Charles IX et de Catherine de Médicis.
 
Prouesse diplomatique car la Diète polonaise chargée d'élire un roi se méfie des Valois représentants d'une monarchie forte et du rôle d'Henri de Valois lors du massacre de la Saint Barthélémy (déclenché le 24 août 1572) alors qu'en Pologne règne une absolue tolérance religieuse. 
 
Au final Henri de Valois sera choisi principalement grâce au soutien de sa candidature par un magnat polonais très influent,  Jan Zamoyski. Auparavant Henri a accepté un texte fondateur  de 21 articles faisant de lui un roi qui ne gouvernerait pas vraiment, soumis à la Diète polonaise dominée par les magnats du pays : les Articles henriciens ou Articles du roi Henri (d'Anjou).
 
Catherine de Médicis ne cache pas sa joie, elle qui rêvait pour son fils préféré, la prunelle de ses yeux, d'une couronne royale.
 
Quant à Charles IX, il est fort pressé d'éloigner un frère intelligent, ambitieux soupçonné de conspirer contre sa Majesté.
Et puis, un Valois sur le trône de Pologne s'est commencer l’encerclement politique et militaire des Habsbourg, tout en profitant  des bénéfices économiques d'une ouverture sur la mer Baltique.  Prouesse diplomatique car la Diète polonaise chargée d'élire un roi se méfie des Valois représentants d'une monarchie forte et du rôle d'Henri de Valois lors du massacre de la Saint Barthélémy alors qu'en Pologne règne une absolue tolérance religieuse.  Au final Henri de Valois sera choisi principalement grâce au soutien de sa candidature par un noble polonais très influent,  Jan Zamoyski.
Le 19 août 1573, la délégation polonaise est accueillie, entre autres, par Henri d'Anjou. Les parisiens en liesse sont fascinés par les costumes étincelants de pierreries de ces nobles et de leurs armes étranges, comme des cimeterres. Cérémonies et réceptions alternent, Charles IX déployant tout le faste de la dynastie.
 
Une des 8 des tapisseries flamandes dite "Tapisseries des Valois" garde un précieux témoignage d'une scène de ces réjouissances se déroulant dans le jardin des Tuileries à l'occasion de ces festivités. Cet ensemble prestigieux a été commandé probablement par Catherine de Médicis est aujourd'hui exposé dans la Galerie des Offices, à Florence. Les précieuses broderies éclairent sur les festivités de la cour des Valois.  Sur les tapisseries  figurent plusieurs membres de la famille royale et leurs proches.
 
La tapisserie dite "Ballet des Polonais" dessinée conserve avec force de détails le souvenir de l'événement se déroulant dans une des salles du château.  Catherine portant le deuil de son époux est assise, entourée de danseurs. En toile de fond, curieusement, un jardin qui ne ressemble pas à celui des Tuileries.
 
Croire qu'il s'agissait d'un simple ballet serait faire erreur. Le spectacle véhicule des messages politiques liés au contexte historique de ce temps et célébrant Charles IX. Pierre de Bourdeilles dit Brantôme en a laissé un témoignage dans son "Discours deuxième" (Vie des Dames illustres- Françoises et eétrangères).
Éclairé par "une infinité de flambeaux" trois figures allégoriques apparaissent. Chacune, trois jeune filles, sont la France, la Paix et la Prospérité. Précisons de Wikipedia
 
"Après quoi Silène et quatre satyres poussèrent devant le roi une structure recouverte d'une toile peinte, figurant un rocher sur lequel étaient installées seize dames d'honneur de la reine qui récitèrent des vers en latin2 avant de descendre sur le parquet de danse où elles évoluèrent au son de la musique en une série de figures géométriques qui excitèrent l'enthousiasme des spectateurs1. En conclusion du ballet elles vinrent présenter chacune une plaque d'or qui portait une inscription vantant les produits caractéristiques de chaque province, les agrumes pour la Provence et les hommes d'armes pour la Guyenne . La chorégraphie du ballet était de Balthazar de Beaujoyeulx, la musique fut composée par Roland de Lassus".
Précisions de Brantôme :
 

Ce n'est doncq' pas sans une bonne et juste considération que cette sage et advisée Reyne (Catherine de Médicis) fist ceste despance comme ell'en fist aussi une fort belle à l'arrivée des Poulonnois à Paris, qu'elle festina fort superbement en ses Tuilleries : et après soupper, dans une grand'salle faicte à poste et toute entournée d'une infinité de flambeaux, elle leur représenta le plus beau ballet qui fut jamais faict au monde (je puis parler ainsin), lequel fut composé de seize Dames et Damoiselles des plus belles et des mieux aprises des siennes, qui comparurent dans ung grand roch tout argenté, où estoient estoient assises dans des niches en forme de nuées de tous costés. Ces seize Dames représentoient les seize  provinces de la France, avecques une musique la plus mélodieuse qu'on eust sceu veoir ; et amprès avoir faict dans ce roch le tour de la salle par parade comme dans ung camp, et aprez s'estre bien faict voir ainsin, elles vindrent toutes à descendre de ce roc, et s'estant mises en forme d'un petit bataillon  bisarrement inventé, les viollons montans jusques à une trentayne, sonnans quasy un air de guerre fort plaisant, elles vinrent marcher soubz l'ayr de ces viollons, et par une belle cadance sans sortir jamais, s'approcher et s'arrester un peu devant Leur Majestez, et puis amprès danser leur ballet si bizarrement inventé, et par tant de tours, contours et destours, d'entrelasseures et meslanges, affrontements et arretz, qu'aucune Dame jamais ne faillist de se trouver à son poinct ni à son rang : si bien que tout le monde s'esbahist que, parmy une telle confusion et ung tel désordre, jamais ne faillirent leur ordre, tant ces Dames avoient le jugement solide et la rétentive bonne, et s'estoient si bien apprises. Et dura ce ballet pour le moing une heure, lequel estant achevé, touttes ces Dames représentans lesdictes seize provinces que j'ai dict, vindrent à presenter au Roy, à la Reyne, au Roy de Poullongne, à Monsieur, son frere, et au Roy et Reyne de Navarre et autres grands de France et de Poullongne, chascune à chascun une placque toute d'or, grande comme la paume de la main, bien esmaillé et gentiment en oeuvre, où estoient gravez les fruictz et les singularitez de chasque province, en quoy elle estoit plus fertille, comme : la Provance des citrons et des oranges, en la Champaigne de bledz, en la Bourgongne des vins, en la Guienne des gens de guerre (grand honneur certes celuy-là pour la Guienne), et ainsin consecutivement de toutte autres Provinces.
 
Brantôme. Amour et gloire au temps des Valois, Anne-Marie Cocula, Albin Michel, 1986.
Brantôme. Amour et gloire au temps des Valois, Anne-Marie Cocula, Albin Michel, 1986.
Précisions de Brantôme :
 
Ce n'est doncq' pas sans une bonne et juste considération que cette sage et advisée Reyne (Catherine de Médicis) fist ceste despance comme ell'en fist aussi une fort belle à l'arrivée des Poulonnois à Paris, qu'elle festina fort superbement en ses Tuilleries : et après soupper, dans une grand'salle faicte à poste et toute entournée d'une infinité de flambeaux, elle leur représenta le plus beau ballet qui fut jamais faict au monde (je puis parler ainsin), lequel fut composé de seize Dames et Damoiselles des plus belles et des mieux aprises des siennes, qui comparurent dans ung grand roch tout argenté, où estoient estoient assises dans des niches en forme de nuées de tous costés. Ces seize Dames représentoient les seize  provinces de la France, avecques une musique la plus mélodieuse qu'on eust sceu veoir ; et amprès avoir faict dans ce roch le tour de la salle par parade comme dans ung camp, et aprez s'estre bien faict voir ainsin, elles vindrent toutes à descendre de ce roc, et s'estant mises en forme d'un petit bataillon  bisarrement inventé, les viollons montans jusques à une trentayne, sonnans quasy un air de guerre fort plaisant, elles vinrent marcher soubz l'ayr de ces viollons, et par une belle cadance sans sortir jamais, s'approcher et s'arrester un peu devant Leur Majestez, et puis amprès danser leur ballet si bizarrement inventé, et par tant de tours, contours et destours, d'entrelasseures et meslanges, affrontements et arretz, qu'aucune Dame jamais ne faillist de se trouver à son poinct ni à son rang : si bien que tout le monde s'esbahist que, parmy une telle confusion et ung tel désordre, jamais ne faillirent leur ordre, tant ces Dames avoient le jugement solide et la rétentive bonne, et s'estoient si bien apprises. Et dura ce ballet pour le moing une heure, lequel estant achevé, touttes ces Dames représentans lesdictes seize provinces que j'ai dict, vindrent à presenter au Roy, à la Reyne, au Roy de Poullongne, à Monsieur, son frere, et au Roy et Reyne de Navarre et autres grands de France et de Poullongne, chascune à chascun une placque toute d'or, grande comme la paume de la main, bien esmaillé et gentiment en oeuvre, où estoient gravez les fruictz et les singularitez de chasque province, en quoy elle estoit plus fertille, comme : la Provance des citrons et des oranges, en la Champaigne de bledz, en la Bourgongne des vins, en la Guienne des gens de guerre (grand honneur certes celuy-là pour la Guienne), et ainsin consecutivement de toutte autres Provinces.

Dépenses fastueuses engagées par Catherine de Médicis, mais pour Brantôme, elles sont justifiées. Pour lui, " la grande reyne de la chrestienté, la plus belle, la plus honneste et la meilleure devait prouver à l'estranger sa puissance et si cela n'avait pas été, l'estranger se fust fort mocqué de nous, et s'en fust retourné en opinion de nous tenir tous en France pour de grands gueux"

QUAND HENRI D'ANJOU DEVINT LE ROI Henryk IV Walezy

Henri d'Anjou.Source Sylve
Henri d'Anjou.Source Sylve

Après la fête, les choses sérieuses. Le 10 septembre 1573, Henri d'Anjou jurait solennellement sur les évangiles de respecter les articles Henriciens qui certes lui permettaient de coiffer la couronne de Pologne, mais le faisait roi de pacotille. Désormais Henri d'Anjou est roi sous le nom d'Henryk IV Walezy. Trois jours plus tard, dans le palais de la Cité, l'ambassade offrit à leur nouveau souverai le décret d'élection.

 

Un souverain n'ayant quasiment aucun pouvoir à la tête d'une sorte de république. Voilà qui l’encourageait guère à partir pour son royaume, d'autant plus que son frère semblait bien mal en point  

 

Non par inquiétude fraternelle (il n'en a aucune) mais par peur de perdre la couronne de France si son frère aîné allait en chercher une plus glorieuse au Ciel. Certes selon les lois fondamentales du royaume, il était dans l'ordre de la primogéniture le prochain roi de France, mais ses sujets polonais risquaient de le retenir. Et puis, le petit dernier François de France, ambitieux et envieux duc d'Alençon pouvait tenter de se saisir du diadème royal.

 

Mais à force de voir leur nouveau roi tergiverser, la délégation polonaise finit par s’exaspérer.

 

Au bout de 7 mois d'attente, elle convainc son roi qu'il est temps pour lui de rejoindre son nouveau pays, au plus vite. Ou alors, la couronne serait offerte à un autre prince. Henryk qui connaît l'adage "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras" comprend le conseil.

 

Aux arguments polonais s'ajoutent l'ordre de son frère qui à moitié mourant, le regard mauvais, lui commande de quitter la France. Ainsi en février 1574 le prince franchit enfi la frontière de son royaume. Il s'installe à Cracovie dans le château royal du Wawel, attendant fiévreusement des nouvelles de France lui annonçant le trépas de son royal frère. Pour Henryk, pas de nouvelle, mauvaise nouvelle.